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Escapade Italo-Suisse
 

"Mais qu’est-ce tu fous ?"
Je viens à peine de sortir le VFR du garage que je me fais déjà engueuler au téléphone parce que j’ai ¼ d’heure de retard. Voila, voila, j’arrive ! Le temps de traverser la moitié de la ville et me voici chez le Ricardo pour un dernier check-up. Le TLR est prêt à partir mais son pilote semble à peine sorti du lit. Il est 9 h 30, on s’apprete à partir.
"On a tout ? – Attends, je vérifie : 1 T-shirt, 1 pantalon, 1 bombe de graisse, du pognon, un sac a dos de 20 L… Ouais, on peut partir."
C’est pas parce qu’on s’embarque pour traverser 3 pays qu’on va s’encombrer avec 50 kgs de bagages. Avec ¾ d’heure de retard sur l’horaire prévu, nous partons enfin. Le soleil qui luit sur les Yoshimura du TLR caresse déjà les blousons de sa chaleur. Je commence à me demander si c’était une bonne idée de prendre la doublure. On roule, on verra après.

           Juste un petit au revoir à notre fief avant de s’élancer pour… 8 km. Et oui, faut remplir les réservoirs. Le premier des 12 pleins de notre périple. Après, les grondements de nos moteurs en V trahissent notre enthousiasme à abattre du kilomètre. Ca y est, la grande route est devant nous et nous nous y élançons avec une joie d’ados se taillant en vacances sur la côte. Direction St Jean-de-Maurienne. Le trajet est avalé en rien de temps, ponctué de quelques grandes courbes avalées à bonne allure, comme à l’époque où mon R1 y laissait de belles traces de gommes à l’accélération. A peine le temps d’avoir dit ouf et nous attaquons le col du Galibier. Une montée tout en enroulade où le VFR se manie avec la plus naturelle décontraction. Il lui manque un peu de couple pour s’extraire du virage mais son agilité et sa facilité me permette de tenir sans problème le TLR dans les virages serrés. Ca grimpe, ça grimpe, et à l’assaut des 2645 m du col, les moulins s’époumonent au fur et à mesure que nous gagnons de l’altitude. Premiers névés, premiers frissons, premières surprises. A l’approche du sommet, un drôle d’observateur est planté sur la route. Face à nous, la truffe au soleil, une marmotte est là, en plein milieu. Le temps d’arriver à sa hauteur et l’animal s’est éloigné d’une quinzaine de mètres. Jamais vu une marmotte d’aussi près – incroyable. Mais la bougresse ne m’a pas laissé le temps de dégainer l’appareil photo. Arrggghh !
Quelques encablures plus loin, la pointe du Cliquez sur l'image pour l'agrandirGalibier nous souhaite la bienvenue avec un froid hivernal. Le Ricardo a froid, jure, et me confie : "faut qu’on se barre d’ici !" Ok, juste le temps de prendre une photo. C’est sans compter avec un couple d’anglais et leur Opel Vectra qui se foutent en plein devant le panneau au moment où je veux placer ma meule. Prenant mon mal en patience, je remercie mon intuition et ma doublure tout en maudissant mes gants d’été et ces rosbifs qui se traînent avec leur Kodak à 2 balles.
Ca se libère – photo – taillo ; fait trop froid. Nous suivons maintenant le doux réchauffement de l’air et les belles enfilades qui nous mènent jusqu’à Briançon. Ce sera l’occasion d’un plein et d’un repérage sur la carte pour la suite du parcours. Le Ricardo enlève ses gants, ouvre son blouson, saisit et déplie la carte – il fera cette manipulation environ 120 fois durant le week-end. "On s’arrête où pour manger ? " me dit-il. « A Turin, ça devrait être sympa." Il nous suffira de passer le col de Montgenèvre pour arriver à la frontière.

           Ca y est, on est en Italie. Bien que ne baragouinant que 3 mots d’italien, nous sommes confiant pour la suite car l’une de nos connaissances nous affirmait quelques jours plus tôt que tout les ritals parlaient français. Tu parles, Charles ! On va en voir des vertes et des pas mûres.
La descente des Alpes pour pénétrer dans le territoire Piémontais (région gauche de l’Italie) est des plus agréables. Passé une courte série de travaux, le ruban noir nous enchante au plus haut point. Ca roule bien, vite, ça tourne à nous régaler, les " Tornante " sont signalés avec prudence et les Carabiniers plutôt prévenants. Par contre, en approchant de Turin, on commence à se poser des questions.
1 – les gens roulent un peu bizarrement ici.
2 – la direction des villes est plutôt bien indiqué, mais quand tu rentres dans une agglomération, y a rien qui te dit où t’es.
3 – Ca à l’air d’être un beau merdier la ville de Turin…
On rentre dans ce gros bordel pour marquer la première grosse pause de la journée. Garés en face d’un bar on ne peut plus simple, nous allons tenter un dialogue avec les autochtones.
" Buongiorno ! " Le contact passe. Pour commander 2 rafraîchissements, la galère commence. La tenancière a rapidement compris qu’elle avait affaire avec 2 ploucs qui ne comprenaient rien. Rien que pour demander les sanitaires, j’ai usé et abusé du dico francais-italien que Ricardo avait emporté. Heureusement, on mémorise vite les mots stratégiques.
Vive l’Europe. On paye en Euros (quand j’étais gosse, bonjour l’angoisse pour se faire une idée du prix avec la conversion en Lires) et on se met en quête d’un frugal repas.
" Buongiorno ! Mangiare, por favor… - SI ! " Et voila que dans ce petit snack en plein milieu de Turin, une femme avec 30 de tension nous explique dans un italien incompréhensible que tel truc est super bon, que ça c’est délicieux, que nous on comprend rien… Bref, repartant avec un bout de salade, des frites réchauffés de y a 3 jours et des " Croccetta " que j’ai jamais pu deviner en quoi c’était fait, notre repas s’est rapidement conclu par : " Faut qu’on se barre d’ici ! "
Ni d’une ni deux, j’engloutis ces foutus Crocceta infâmes avant de redémarrer le V4 de ma machine. On décide de se diriger vers Milan mais il nous faudra une bonne dose d’orientation, de courage ainsi qu'une conversation joyeuse avec un pompiste pour sortir de là. Et le croiriez vous, il y a là-bas des pompistes qui vous servent, comme chez nous il y a une quinzaine d’années.

           Si le paysage ne nous dépayse pas vraiment, le milieu auto et moto nous surprend quelque peu. On s’attendait à voir plein de Ducati mais finalement, le constat des engins mécaniques fut qu’en Italie, ça roule en FIAT, en Ford KA et en scooter. Et surtout, ça roule un peu n’importe comment. Priorité, ils ne connaissent pas. Stop, bande d’arrêt d’urgence, lignes blanches… On dirait que ça leur passe au dessus de la tête. Combien de fois on a failli percuter une caisse dans un carrefour tout simplement parce que le gars grillait la priorité ou le stop en s’en foutant complètement. Mais on a vite compris le truc et on freinait systématiquement à chaque intersection. L’occasion pour moi de profiter du généreux crépitement de mon échappement carbone, qui pétarade comme une voiture de rallye à chaque décélération.
La route vers Milan ne nous emballe pas plus que ça. A son approche, et voulant éviter le maxi bordel de la ville, je décide de nous engager sur l’ "autostrada " (autoroute). Monstrueuse erreur. Au bout de 5 mn de route, l’accueil n’est autre qu’un monstrueux embouteillage qui s’éternisera sur 40 km. De quoi vous faire péter un plomb. La souplesse de mon 750, son agilité et son rayon de braquage très honorable me permettent de me faufiler entre les voitures sans trop me poser de questions mais ça commence à saouler grave. La pause ravitaillement suivante sera l’occasion pour Ricardo de me confier : " Faut qu’on se barre d’ici ! ". Surtout qu’il est 20 h 30 et qu’on ne sait pas où on va dormir.

            Sortant de l’autostrada à quelques km de Bergame, nous voici en recherche d’un hôtel à 9 h du soir. Gag ! Le hasard nous conduit devant un 4 étoiles où j’ose m’aventurer. Mon compagnon de route m’interpelle : " Arrête ton délire, on va se faire ouvrir en deux ! " C’est vrai que question tarif, on n’a pas hésité une seconde : Ciao. Mais par bonheur, dans la campagne Lombardaise (on a changé de région), nous croisons des panneaux indiquant un genre de propriété-auberge-gite. Perdue en plein milieu des champs, notre première tentative est accueilli par un magnifique paon que la pénombre tombante nous laissa peu admirer.
Rapidement, on nous signale que l’on peut se restaurer mais qu’il n’y a plus de chambre. Completo. Et Mierda ! Ca commence à sentir le roussi...

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