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Escapade Italo-Suisse
 

           ...Heureusement non : une des pompes à notre disposition rechigne elle aussi à digérer les cartes bleues mais se voit équipé d’un aspirateur à billets. Sauvés ! La machine avale goulûment quelques euros et le TLR peut enfin assouvir sa soif. Un souci de moins ; on peut désormais se concentrer sur notre principal angoisse : où qu’on dort ? Toute ma confiance s’en remet à Ricardo qui va tenter sa chance dans ce petit hôtel grand luxe en face du lac. Glruurps ! C’est à peu près sûr qu’on va se faire ouvrir en deux. Contact, baragouinage, négociation, et c’est avec la chambre « trei-zero-cinqué » que nous allons passer la nuit. La vue y est imprenable : quelle surprise d’avoir Cliquez pour agrandircomme spectacle le chantier d’un futur bâtiment et 2 engins Caterpillar juste en dessous. Charmant ! Dépose des bagages, petite douche, préparation des munitions pour la nuit (j’entasse des fringues et tout ce que je peux balancer sur Ricardo s’il décide de ronfler), remise des clés, et c’est parti pour une petite escapade dans les rues de Lecco. Une terrasse, un apéro, et nous observons la faune environnante. Constatation n°1 : le Rital braille plus qu’il ne parle – n°2 : on comprend que dalle à ce qu’ils disent – n°3 : le pantalon taille basse (c’est la mode) se porte en taille ultra basse en Italie ; les poils pubiens ne se voyent pas uniquement quand l’épilation a été bien faite… Pour se calmer, une bouteille de Chianti, quelques apéros, et au lit. Y a un monde fou dans les rues mais le temps se gâte et nous sommes fracassés (fatigue ou apéro ?). Demain, debout 8 hrs et la Suisse nous attend.

10 hrs, j’ouvre un œil. A ma gauche, dans l’autre plumard, mon acolyte est affalé comme une m… Témoins du combat de la nuit : un gant, une araignée de voyage, un pantalon et une housse de casque éparpillés autour de sa tête. Imaginez : j’ai du dormir avec un avion à réaction dans la chambre. Cliquez pour agrandirFallait bien calmer ce bordel !
2 aspirines, une banane, et on met les voiles. A la réception, l’amabilité de l’aubergiste est grandement apprécié : 2 cafés qu’il est hors de question de refuser ; surtout que ça va nous remettre les idées en place. Sllurrpp…. HHmmmmmaarrggg ! C’est quoi, ça ? Le café est tellement noir que tu passes une nuit blanche rien qu’à le sentir. Il est à peu près buvable en le noyant de sucre. La conclusion intervient rapidement : « Faut qu’on se barre d’ici ! ».
C’est bien sûr le foutoir pour sortir de la ville mais après, la route se fait toute seule. Como, la frontière Helvétique, Lugano, Bellinzona, et l’épisode qui se prépare sera l’un des plus givrés de ce voyage.

En face, le col du Gothard. Il culmine à plus de 2000 m et n’a pas l’air super content de nousCliquez pour agrandir accueillir. Et alors, ne sommes nous pas des guerriers ?!? Des chevaliers de la route qui commencent à souffrir des avant-bras, oubliés dans les alpes suisses à 800 km de chez eux et obsédés par cette foutu autonomie du TLR qui nous fait flipper dès que le paysage devient vierge de civilisation.
A mi-chemin de l’ascension, la route devient joueuse et s’inspire des Champs-Élysées : des pavés partout ! Enfin presque, les virages en sont exemptés. Mais ces pavés seront nos compagnons de route pendant une bonne partie de la montée. Pas complètement rassurés, nous privilégions la prudence. ¼ d’heure de caillasses plus tard, l’asphalte reprend ses droits et nos mains droites leurs optimismes. Pas pour longtemps, hélas. Le sommet n’est plus très loin quand le froid et le brouillard s’invitent à la fête. Est-ce que ça craint ? A peine. En moins de 2 minutes, la brume a tout envahi et c’est à peine si je distingue le feu arrière de la Suzuki de mon compagnon de route – il n’est pourtant qu’à 5 m devant moi. Autour de nous, toutes les voitures plafonnent à 30 km/h. Je vous promets, Cliquez pour agrandirça fait bizarre de doubler une Lamborghini Murcielago à une telle vitesse.
Le sommet. Petite photo pour immortaliser l’instant mais on ne traîne pas : Ricardo a froid et me susurre en hurlant : « Faut qu’on se bar… ». Pas la peine de continuer, j’ai compris.
On descend vite fait de cette zone glaciale. L’épreuve est passée – la Suisse nous ouvre ses bras. Le décor se dévoile, d’abord superbe puis grandiose. L’excitation m’envahit alors et je sens que le périple vers Interlaken ne sera que réjouissance. La route est belle, l’œil se délecte, la moto ronronne de plaisir. Une petite pause devant un torrent afin de s’offrir une petite carte postale perso, quelques virolos saupoudrés de déhanchés, une bonne dizaine de motards salués au km parcouru, un magnifique petit train rouge serpentant dans la vallée… ça commence à bien me plaire la Suisse. Faut juste faire gaffe à ne pas se ramasser en négociant l’arrivée du col après Hospental. Les deux derniers kilomètres sont en réfection et il n’y a plus un gramme de goudron sur le sol. Bordel de bordel, ce n’est plus de la moto, c’est de l’enduro. Cliquez pour agrandirT’as déjà fait du cross-country avec un VFR ?!? J’entends le Ricardo beugler sa désapprobation et je ne peux m’empêcher d’exploser de rire -c’est le clou du spectacle. Mon ange gardien veillait : je ne me suis pas foutu par terre – un miracle.
Jusqu’à Interlaken, du beau, du bon, du régal. Nous décidons de nous accorder quelques instants dans cette charmante petite ville pour organiser le reste du parcours. Une glace chocolat-fraise me fera le plus grand bien. Pour une fois, la barrière du langage s’est évanouie lorsque nous passâmes la commande des collations. Faut dire aussi que le serveur parlait 5 langues… En face de nous, une ribambelle de bécanes venues de tous les horizons. Le fin du fin : une Ariel modèle très vieux qui démarre, crache son panache de fumée toxique et son pilote qui passe devant nous en passant les vitesses avec un levier fixé au réservoir. Spectaculaire !
Bon, il est temps de décoller. Mais pour la première fois depuis le début de l’aventure, on n’a pas envie de se barrer mais de rester dans le coin. Le hasard nous aide à décider d’une destination et notre confiance en lui sera récompensée. Direction Gstaad !

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