Après
350 km sous la pluie, protégé
par une combarde de pluie minable, la
sortie 12 annonce la pause de la mélodie
de mon V4 et surtout l'arrivée
à l'usine Voxan. Ce petit constructeur,
qui fait la fierté de la ville
d'Issoire, ne s'affiche pas dans l'éxubérance.
Juste un bâtiment qui sent le vécu
et un panneau arborant le logo de l'entreprise.
On verra l'intérieur dans 5 min.
Pour l'instant, faut enlever mon attirail
trempé, sortir l'appareil
photo et se préparer à la
visite.
Une
fois à l'intérieur, le hall
m'accueille avec simplicité. Il
y trône un élégant
cafe-racer, l'une des créations
les plus représentatives de la
marque. On me propose gentiment de garder
mes affaires (cool) et d'attendre quelques
instants - le ministre délégué
aux collectivités territoriales,
Mr Brice Hortefeux, doit faire la visite
avec nous. C'est là que les choses
deviennent comiques : lors des présentations,
imaginez une équipe en costard-cravate
impeccables qui rencontrent des motards
en jean et blouson. Effet choc garanti
!
Passons sur les mondanités et venons-en
à l'essentiel. C'est avec Mr Cazeaux
que nous naviguerons dans l'usine.
"Nous
souhaitons développer nos ventes
aux Etats-Unis". Voila comment Mr
Cazeaux espère arriver à
l'équilibre (et même plus)
pour Voxan. Ce chef d'entreprise audacieux
présente la société,
son activité, ses anciens déboires,
la production actuelle et les objectifs
au ministre. Il ne cache pas qu'il s'est
lancé dans une (belle) aventure
qui tient du challenge. Il ne cache pas
non plus les chiffres de ventes : "Nous
vendons environ 500 machines par an. L'équilibre
financier se situe entre 1000 et 1200
machines annuellement". Voxan vend,
mais pas assez. D'où l'interet
pour les U.S., marché très
porteur qui permettrait au constructeur,
s'il parvient à s'y implanter,
d'assurer de façon durable son
avenir.

500
machines... L'usine peut en produire beaucoup
plus. Dans les ateliers, les chaînes
de montage semblent patienter ; l'espace
dévolu à la production est
en éveil, mais comme si le réveil
venait de sonner. Voxan est opérationnel
pour produire 10 fois plus qu'actuellement
; il ne manque que plus de commandes.
Et quand on voit la qualité du
travail et de la production, on se demande
pourquoi les ventes n'explosent pas dans
l'hexagone.

Sacha
Lakic, le dessinateur de la Charade, nous
rejoint alors qu'une rangée de
Black Magic et de scrambler prêts
à partir se présente à
nous. Quelques pas plus loin, un technicien
s'occupe du montage des pneus (Que du
Michelin ; normal, le manufacturier est
lui aussi français et pas bien
loin d'ici). Il semble bien seul à
son atelier - on est loin de la fourmilière
que peut représenter une usine
japonaise. Cela n'enlève rien au
sérieux et aux compétences
de chaque personne qui travaille ici.
Un peu plus loin, ces mots prennent tout
leur sens. Dans un hangar, plusieurs palettes
de colonne de direction (de magnifiques
pièces qu'on exposerait volontiers
sur sa table basse) attendent de se livrer
à un châssis en cours de
montage de l'autre coté.

Pas
ce coté là, juste après.
Car ici, c'est l'atelier où on
s'occupe des pièces de l'habillage
des motos. Les éléments
qui proviennent de sous-traitants sont
polis plusieurs fois puis vernis pour
un rendu impeccable. Un travail artisanal
qui explique cette qualité et le
prix des Voxan. La main de l'ouvrier travaille
la pièce avec bien plus de consistance
que sur une production à la chaîne
fade et anonyme.

Retour
à l'atelier principal où
des rayonnages de haut-moteur, d'embrayages
et autres mulitples éléments
s'appretent à passer entre des
mains habiles pour devenir le fameux twin
à 72° d'Issoire. Le moteur
est assemblé sans précipitation,
avec minutie, laissant augurer un moulin
prêt à donner tout de suite
le meilleur de lui-même et pendant
un bon bout de km. D'ailleurs, au fond
de l'atelier, sur le banc d'essais où
passe chaque machine, on me confie qu'on
n'a pas besoin de faire tourner la machine
très longtemps pour trouver les
bons ajustements moteur. Le bicylindre
est très bien né, aussi
bien dans sa conception que dans sa réalisation
sur la chaîne.

Je
retrouve à 5 mètres de là
ma colonne de direction qui a trouvé
ses nouveaux compagnons de vie. Autour
d'elle se sont greffés le cadre
double poutre, la fourche et ses tés,
le moteur, le bras oscillant et la roue
arrière. La moto n'a pas encore
pris vie mais elle s'approche de sa forme
définitive. Le jeune qui s'occupe
d'elle a la même expression dans
ses gestes que toutes les personnes rencontrées
précédemment : le geste
est précis, rapide mais calculé
- on monte consciencieusement et efficacement.

Les
premiers cris de la moto s'effectue à
une quarantaine de mètres d'ici.
Pas à la maternité mais
sur le banc d'essais Fuchs. Comme cité
précédemment, la machine
restera là le temps qu'il faut
pour la régler... mais ce n'est
jamais très long vu la qualité
du moteur. Une fois la mise au point réalisée,
il ne lui reste plus qu'à revêtir
sa selle et son habillage. Il se sera
écoulé un peu plus d'une
vingtaine d'heures depuis la mise en place
du premier élément jusqu'à
la machine complète.

A
la fin de cette visite, un sentiment d'injustice
m'a envahi : ce n'est pas normal qu'il
ne se vende pas plus de Voxan. La qualité
est là, l'identité aussi,
le twin n'a plus à faire ses preuves
et, bon sang, c'est une moto française.
Non seulement elle a le mérite
d'exister mais elle mérite mieux.
Chez Voxan, ils y croient et ils ont les
capacités de satisfaire une belle
demande. Alors, soyez chauvins, passionnés
ou curieux, mais allez faire un tour chez
le concessionnaire. Le constructeur est
en marche, il n'attend que vous pour courir.